đ« Titres-restaurant : lâAssemblĂ©e nationale adopte une rĂ©forme d'ampleur
La commission des affaires sociales de l'Assemblée nationale a adopté, mercredi 7 octobre 2026, la proposition de loi visant à moderniser et rééquilibrer le fonctionnement du titre-restaurant déposée le 9 juin 2026.
Les rĂšgles, Ă compter du 1er janvier 2028, pourraient ĂȘtre les suivantes :
les titres-restaurant seront entiÚrement dématérialisés ;
les titresârestaurant pourront ĂȘtre utilisĂ©s pour lâachat de tout produit alimentaire, sauf exceptions qui seront prĂ©cisĂ©es par dĂ©cret (alcool, confiseries, aliments infantiles et animaliers) ;
chaque bĂ©nĂ©ficiaire pourra faire don de tout ou partie de ses titresârestaurant Ă des associations habilitĂ©es au niveau national Ćuvrant dans le champ de lâaide alimentaire ;
les titres-restaurant pourront ĂȘtre utilisĂ©s tous les jours de la semaine donc le dimanche et les jours fĂ©riĂ©s, ce qui est impossible aujourd'hui sauf exceptions.
đ¶ NAO 2027 : BNP Paribas propose une augmentation collective de 1500 ⏠bruts par an
Comme chaque fin d'année, les négociations annuelles sur les salaires entre directions et organisations syndicales s'ouvrent dans les entreprises. Avec pour 2027 un enjeu supplémentaire : le contexte inflationniste, notamment sur les prix du carburant.
â Les entreprises vont-elles accorder des budgets supplĂ©mentaires pour permettre aux salariĂ©s de compenser l'inflation ? Des mesures spĂ©cifiques seront-elles prĂ©vues pour les salariĂ©s contraints de prendre leur voiture pour aller au travail ? Ces questions vont s'imposer dans l'actualitĂ© sociale de beaucoup d'entreprises.
â Traditionnellement, notamment dans le secteur bancaire, la NAO chez BNP Paribas est scrutĂ©e avec attention. Elle se finalise tĂŽt, au mois d'octobre, et donne de prĂ©cieuses indications sur les tendances.
đ„ Lors d'une seconde rĂ©union de nĂ©gociation le 14 octobre, la direction du groupe bancaire est revenue sur son refus de toute augmentation collective. Elle a finalement proposĂ© aux syndicats une telle augmentation, pour un montant de 1500 euros ou 1000 euros bruts, selon le niveau de rĂ©munĂ©ration et jusqu'Ă 100 000 euros par an.
âĄïž Il s'agit d'un changement de pied significatif, BNP Paribas ayant refusĂ© en 2026 comme en 2025 d'accorder une augmentation collective, au profit d'une PPV. En revanche, la direction est restĂ©e ferme sur son refus d'une mesure spĂ©cifique "carburant", motif pris du respect de l'Ă©quitĂ© entre salariĂ©s.
✠Prime carburant : possible Ă©volution du rĂ©gime et du montant exonĂ©rĂ©
Initialement fixĂ© Ă 300 ⏠puis portĂ© Ă 600 âŹ, le plafond dâexonĂ©ration de la prime carburant pourrait ĂȘtre fixĂ© temporairement Ă 1000 ⏠par an et par salariĂ© pour les primes versĂ©es jusquâau 31 dĂ©cembre 2026.
Les conditions dâattribution pourraient Ă©galement ĂȘtre assouplies afin de permettre Ă davantage de salariĂ©s dâen bĂ©nĂ©ficier.
đ Rappel : la prime carburant câest quoi ?
Lâemployeur peut prendre en charge tout ou partie des frais de carburant engagĂ©s par le salariĂ© pour ses dĂ©placements entre sa rĂ©sidence habituelle et son lieu de travail.
Cette prise en charge, appelée « prime carburant » ou « prime de transport », est facultative.
Son montant ainsi que ses modalitĂ©s et ses critĂšres dâattribution sont fixĂ©s :
par un accord dâentreprise ou interentreprises ;
ou, en lâabsence dâun accord dâentreprise, par un accord de branche ;
ou, en lâabsence dâaccord de branche, par une dĂ©cision unilatĂ©rale de lâemployeur, aprĂšs consultation du comitĂ© social et Ă©conomique (CSE), lorsquâil existe.
đ¶ La prime est-elle exonĂ©rĂ©e de cotisation sociale ?
Dans lâattente dâune publication dâun dĂ©cret, les primes carburant versĂ©es jusquâau 31 dĂ©cembre 2026 pourraient avoir un plafond dâexonĂ©ration Ă 1 000 ⏠par an et par salariĂ©.
Dans cette limite, la prise en charge est exonĂ©rĂ©e de cotisations et contributions sociales ainsi que dâimpĂŽt sur le revenu.
â Quelles sont les conditions pour en bĂ©nĂ©ficier ?
Jusquâau 31 dĂ©cembre 2026, la prime carburant pourrait ĂȘtre versĂ©e mĂȘme si le domicile ou le lieu de travail du salariĂ© est desservi par les transports en commun.
Pour bĂ©nĂ©ficier de cette prime, le salariĂ© doit tout de mĂȘme se trouver dans lâune des situations suivantes :
il habite ou travaille dans une agglomération de moins de 100 000 habitants ;
il a des horaires incompatibles avec les transports en commun ;
il peut ĂȘtre amenĂ© Ă se dĂ©placer Ă ses frais sur plusieurs lieux de travail.
đ+ đLa prime carburant peut-elle ĂȘtre cumulĂ©e avec le remboursement dâun abonnement de transports en commun ?
En principe, la prime carburant ne peut pas ĂȘtre cumulĂ©e avec la prise en charge obligatoire par lâemployeur des abonnements aux transports publics.
Toutefois, un salariĂ© peut dĂ©sormais bĂ©nĂ©ficier de la prime carburant mĂȘme si son employeur prend dĂ©jĂ en charge une partie de son abonnement de transport, et ce jusquâau 31 dĂ©cembre 2026.
đïž Quand ces nouvelles rĂšgles vont sâappliquer ?
â ïž Les textes rĂ©glementaires destinĂ©s Ă modifier formellement le rĂ©gime social de la prime carburant ne sont pas encore publiĂ©s.
â ïž Ces rĂšgles temporaires sâappliqueraient uniquement jusquâau 31 dĂ©cembre 2026. Ă compter du 1er janvier 2027, elles ne seront plus applicables.
đŽ Trottinettes Ă©lectriques mises Ă la disposition des salariĂ©s : les obligations de l'employeur
Sur son site internet, l'INRS fait le point sur les obligations de l'employeur à l'égard des trottinettes électriques. Des salariés peuvent venir au travail avec cet engin motorisé. L'entreprise peut également mettre à la disposition des salariés un parc de trottinettes électriques comme équipements de travail. Dans ce cas, l'entreprise doit :
vérifier que ce mode de transport est approprié pour les salariés eu égard à leur activité ;
procéder à une évaluation préalable des risques ;
consigner cette utilisation dans le DUERP ;
dispenser une formation aux salariés
en assurer l'entretien et mettre à la disposition des salariés l'équipement nécessaire.
đïž Focus sur les projets de loi de finances et de financement de la sĂ©curitĂ© sociale (PLFFSS) pour 2027
Les projets de loi de finances et de financement de la sĂ©curitĂ© sociale pour lâannĂ©e 2027 ont Ă©tĂ© dĂ©posĂ©s Ă lâAssemblĂ©e nationale le 1er octobre 2026. Tour dâhorizon des principales mesures de ces textes.
Cette annĂ©e encore, les lois de finances et de financement de la sĂ©curitĂ© sociale vont devoir ĂȘtre adoptĂ©es dans un contexte particuliĂšrement dĂ©licat, marquĂ© Ă la fois par une situation politique complexe, des finances publiques fortement dĂ©gradĂ©es et une poussĂ©e inflationniste sur les carburants. La majoritĂ© des mesures proposĂ©es vise dâailleurs Ă faire face aux difficultĂ©s. Les principales mesures des deux projets sont les suivantes.
La rĂ©duction gĂ©nĂ©rale dĂ©gressive unique de cotisations patronales (RGDU) tiendrait compte de lâĂ©pargne salariale. Plus prĂ©cisĂ©ment, pour les pĂ©riodes dâemploi courant Ă compter du 1er janvier 2027, les sommes versĂ©es par lâemployeur au titre de lâĂ©pargne salariale ou du partage de la valeur de lâentreprise seraient prises en compte pour dĂ©terminer si la rĂ©munĂ©ration annuelle versĂ©e au salariĂ© excĂšde ou non le seuil dâĂ©ligibilitĂ© Ă la RGDU, actuellement fixĂ© Ă 3 fois la valeur annuelle du Smic en vigueur au 1er janvier 2026. Ces sommes seraient Ă©galement prises en compte dans la rĂ©munĂ©ration permettant de calculer le coefficient de cette rĂ©duction, mais pas dans lâassiette de celle-ci.
Pour les indemnitĂ©s de rupture du contrat de travail ou de cessation forcĂ©e des mandats sociaux, un plafond dâexonĂ©ration sociale et fiscale Ă©gal au plafond annuel de la sĂ©curitĂ© sociale serait instaurĂ©. Le nouveau rĂ©gime social sâappliquerait aux indemnitĂ©s attribuĂ©es au titre de ruptures prenant effet Ă compter du 1er janvier 2027. Les mesures fiscales devraient, quant Ă elles, en lâabsence de disposition particuliĂšre dans le projet de loi de finances, entrer en vigueur le 31 dĂ©cembre 2026 et sâappliquer dĂšs lâimposition des revenus de 2026.
Le plafond dâexonĂ©ration de la «âprime carburantâ» serait portĂ© Ă 1â000âeuros pour 2026. Câest ce que prĂ©voit le projet de loi de finances pour lâimpĂŽt sur le revenu. CĂŽtĂ© cotisations sociales et CSG-CRDS, un dĂ©cret devrait fixer ce montant.
Concernant la prime de partage de la valeur (PPV), le rĂ©gime temporaire dâexonĂ©ration de CSG-CRDS applicable aux entreprises de moins de 50 salariĂ©s serait reconduit en 2027.
Le régime social de faveur dont bénéficie le mécanisme de renonciation à des jours de repos serait pérennisé.
Les dispositions légales sur le forfait social seraient réécrites à droit constant.
Le malus pour dĂ©faut de nĂ©gociation sur lâemploi des seniors serait supprimĂ©, sans sâĂȘtre jamais appliquĂ©.
La réduction forfaitaire de cotisations patronales dont bénéficient les employeurs de sapeurs-pompiers volontaires serait pérennisée.
Des mesures de soutien aux employeurs, travailleurs indĂ©pendants et auto-entrepreneurs affectĂ©s par les incendies de lâĂ©tĂ© 2026 seraient adoptĂ©es. ConcrĂštement, il sâagirait dâouvrir des mesures dâallĂ©gement de cotisations sociales au profit des entreprises affectĂ©es par les incendies survenus dans les dĂ©partements de la Gironde, des Landes et du Var au cours des mois de juillet et aoĂ»t 2026. Il est aussi prĂ©vu de sĂ©curiser juridiquement le moratoire dĂ©jĂ mis en Ćuvre jusquâau 30 novembre 2026 pour le recouvrement des cotisations dues par ces entreprises. Le bĂ©nĂ©fice de ces mesures ne serait toutefois pas accordĂ© en cas de condamnation dĂ©finitive pour certaines infractions de travail illĂ©gal au cours des 5 annĂ©es prĂ©cĂ©dant le mois dâaoĂ»t 2026.
Les IJSS maladie et AT/MP seraient soumises Ă la CSG au taux de droit commun de 9,2â% Ă partir de 2027. En outre, seraient soumises Ă lâimpĂŽt sur le revenu dĂšs 2026, les IJSS AT/MP en intĂ©gralitĂ© et les IJSS pour affection de longue durĂ©e (ALD) pour la moitiĂ© de leur montant.
Pour les arrĂȘts de travail de plus de 30 jours, des mesures visant Ă lutter contre la dĂ©sinsertion professionnelle seraient adoptĂ©es. Notamment, possibilitĂ© pour le mĂ©decin traitant, le mĂ©decin du travail et le mĂ©decin du service de contrĂŽle mĂ©dical de se rĂ©unir pour se concerter sur la situation du salariĂ© et extension de la visite de prĂ©reprise aux AT/MP.
Concernant les pensions de retraite, la majoration de 10â% de la pension de retraite de base Ă partir de 3 enfants serait remplacĂ©e par une majoration forfaitaire. Par ailleurs, il pourrait ne pas y avoir de revalorisation des retraites de base en 2027, sauf pour les retraitĂ©s aux revenus modestes.
La participation du titulaire du compte personnel de formation (CPF) pourrait ĂȘtre majorĂ©e dĂšs le 1er octobre 2026.
Une allocation de remplacement serait créée pour les agriculteurs parents dâun enfant gravement malade.
En matiĂšre de contentieux, le droit de timbre en appel serait pĂ©rennisĂ© mais il ne devrait pas concerner les litiges prudâhommaux ou de sĂ©curitĂ© sociale.
âđâĄâ đ✠Recommandations du mĂ©decin du travail et contestation par lâemployeur
đšđ»ââïž Faits : un mĂ©decin du travail recommandait un vĂ©hicule surĂ©levĂ© du type monospace avec plancher Ă la hauteur de la portiĂšre et avec boĂźte de vitesse automatique. Il prĂ©cisait que vu le poste de travail, le domicile, en zone rurale et lâĂ©tat de santĂ© de la salariĂ©e, un vĂ©hicule 100 % Ă©lectrique nâest pas adaptĂ©. En ce sens, il recommandait un vĂ©hicule hybride ou thermique.
đšâđŒ L'employeur faisait valoir que rien n'indiquait un Ă©tat de santĂ© qui aurait justifiĂ© une telle prĂ©cision liĂ©e Ă la motorisation du vĂ©hicule.
Lâemployeur estime que le mĂ©decin du travail a dĂ©passĂ© les limites de sa mission en formulant une prĂ©conisation sur la motorisation du vĂ©hicule fourni Ă la salariĂ©e.
đ©đ»ââïž La cour d'appel avait rejetĂ© la demande de lâemployeur au motif que quâil ne caractĂ©risait pas en quoi les modes de motorisation d'un vĂ©hicule et leur usage quotidien ne sont pas susceptibles dâavoir une incidence sur la santĂ© de la salariĂ©e
âïž La Cour de cassation nâest pas de cet avis et pose des limites. C'est aux juges de rechercher en quoi l'Ă©tat de santĂ© de la salariĂ©e justifiait l'impossibilitĂ© d'utiliser un vĂ©hicule Ă©lectrique et imposait la mise Ă disposition dâun vĂ©hicule thermique ou hybride.
đȘ L'affaire sera donc rejugĂ©e et les juges devront chercher un lien entre lâĂ©tat de santĂ© et lâimpossibilitĂ© de conduire un vĂ©hicule Ă©lectrique.
đšConclusion :
đ Principe : l'employeur doit prendre en compte les propositions Ă©mises par le mĂ©decin du travail
Le seul constat du non-respect par l'employeur des préconisations faites par le médecin du travail de mesures individuelles d'aménagement, d'adaptation ou de transformation du poste de travail engendre inévitablement une atteinte à la sécurité et à la santé du salarié concerné et ouvre droit à réparation
đ Exception : l'employeur a aussi la possibilitĂ© de saisir le conseil de prud'hommes d'une contestation portant sur les avis, propositions, conclusions Ă©crites ou indications Ă©mis par le mĂ©decin du travail reposant sur des Ă©lĂ©ments de nature mĂ©dicale.
âĄïž Le CPH peut alors confier toute mesure d'instruction au mĂ©decin inspecteur du travail territorialement compĂ©tent pour l'Ă©clairer sur les questions de fait relevant de sa compĂ©tence
âĄïž La dĂ©cision du conseil de prud'hommes se substitue aux avis, propositions, conclusions Ă©crites ou indications contestĂ©s.
Référence : Cass. soc. 30 septembre 2026, n° 25-14.328
â ïž DĂ©nigrer des collĂšgues ou la hiĂ©rarchie peut justifier un licenciement disciplinaire
Des propos dĂ©nigrants, injurieux ou haineux visant la hiĂ©rarchie ou dâautres salariĂ©s, quâils soient tenus dans une salle de pause ou Ă©changĂ©s sur une messagerie instantanĂ©e mise Ă disposition par lâemployeur, peuvent ĂȘtre retenus Ă lâappui dâun licenciement pour faute grave dĂšs lors quâils ne relĂšvent pas de la vie privĂ©e du salariĂ©.
Références : Cass. soc. 23 septembre 2026 n° 25-14.347 / Cass. soc. 23 septembre 2026 n° 25-14.348
Merci et bonne lecture
