🚹 Actu juridique RH du 16 octobre 2026

Nous vous présentons les nouveautés juridiques et RH de cette semaine.

Actu RH
6 min ⋅ 16/10/2026

đŸŽ« Titres-restaurant : l’AssemblĂ©e nationale adopte une rĂ©forme d'ampleur

La commission des affaires sociales de l'Assemblée nationale a adopté, mercredi 7 octobre 2026, la proposition de loi visant à moderniser et rééquilibrer le fonctionnement du titre-restaurant déposée le 9 juin 2026.

Les rĂšgles, Ă  compter du 1er janvier 2028, pourraient ĂȘtre les suivantes :

  • les titres-restaurant seront entiĂšrement dĂ©matĂ©rialisĂ©s ;

  • les titres‑restaurant pourront ĂȘtre utilisĂ©s pour l’achat de tout produit alimentaire, sauf exceptions qui seront prĂ©cisĂ©es par dĂ©cret (alcool, confiseries, aliments infantiles et animaliers) ;

  • chaque bĂ©nĂ©ficiaire pourra faire don de tout ou partie de ses titres‑restaurant Ă  des associations habilitĂ©es au niveau national Ɠuvrant dans le champ de l’aide alimentaire ;

  • les titres-restaurant pourront ĂȘtre utilisĂ©s tous les jours de la semaine donc le dimanche et les jours fĂ©riĂ©s, ce qui est impossible aujourd'hui sauf exceptions.


đŸ’¶ NAO 2027 : BNP Paribas propose une augmentation collective de 1500 € bruts par an

Comme chaque fin d'année, les négociations annuelles sur les salaires entre directions et organisations syndicales s'ouvrent dans les entreprises. Avec pour 2027 un enjeu supplémentaire : le contexte inflationniste, notamment sur les prix du carburant.

❓ Les entreprises vont-elles accorder des budgets supplĂ©mentaires pour permettre aux salariĂ©s de compenser l'inflation ? Des mesures spĂ©cifiques seront-elles prĂ©vues pour les salariĂ©s contraints de prendre leur voiture pour aller au travail ? Ces questions vont s'imposer dans l'actualitĂ© sociale de beaucoup d'entreprises.

➕ Traditionnellement, notamment dans le secteur bancaire, la NAO chez BNP Paribas est scrutĂ©e avec attention. Elle se finalise tĂŽt, au mois d'octobre, et donne de prĂ©cieuses indications sur les tendances.

đŸ’„ Lors d'une seconde rĂ©union de nĂ©gociation le 14 octobre, la direction du groupe bancaire est revenue sur son refus de toute augmentation collective. Elle a finalement proposĂ© aux syndicats une telle augmentation, pour un montant de 1500 euros ou 1000 euros bruts, selon le niveau de rĂ©munĂ©ration et jusqu'Ă  100 000 euros par an.

âžĄïž Il s'agit d'un changement de pied significatif, BNP Paribas ayant refusĂ© en 2026 comme en 2025 d'accorder une augmentation collective, au profit d'une PPV. En revanche, la direction est restĂ©e ferme sur son refus d'une mesure spĂ©cifique "carburant", motif pris du respect de l'Ă©quitĂ© entre salariĂ©s.


⛜ Prime carburant : possible Ă©volution du rĂ©gime et du montant exonĂ©rĂ©

Initialement fixĂ© Ă  300 € puis portĂ© Ă  600 €, le plafond d’exonĂ©ration de la prime carburant pourrait ĂȘtre fixĂ© temporairement Ă  1000 € par an et par salariĂ© pour les primes versĂ©es jusqu’au 31 dĂ©cembre 2026.

Les conditions d’attribution pourraient Ă©galement ĂȘtre assouplies afin de permettre Ă  davantage de salariĂ©s d’en bĂ©nĂ©ficier.

📌 Rappel : la prime carburant c’est quoi ?

L’employeur peut prendre en charge tout ou partie des frais de carburant engagĂ©s par le salariĂ© pour ses dĂ©placements entre sa rĂ©sidence habituelle et son lieu de travail.

Cette prise en charge, appelée « prime carburant » ou « prime de transport », est facultative.

Son montant ainsi que ses modalitĂ©s et ses critĂšres d’attribution sont fixĂ©s :

  • par un accord d’entreprise ou interentreprises ;

  • ou, en l’absence d’un accord d’entreprise, par un accord de branche ;

  • ou, en l’absence d’accord de branche, par une dĂ©cision unilatĂ©rale de l’employeur, aprĂšs consultation du comitĂ© social et Ă©conomique (CSE), lorsqu’il existe.

đŸ’¶ La prime est-elle exonĂ©rĂ©e de cotisation sociale ?

Dans l’attente d’une publication d’un dĂ©cret, les primes carburant versĂ©es jusqu’au 31 dĂ©cembre 2026 pourraient avoir un plafond d’exonĂ©ration Ă  1 000 € par an et par salariĂ©.

Dans cette limite, la prise en charge est exonĂ©rĂ©e de cotisations et contributions sociales ainsi que d’impĂŽt sur le revenu.

✅ Quelles sont les conditions pour en bĂ©nĂ©ficier ?

Jusqu’au 31 dĂ©cembre 2026, la prime carburant pourrait ĂȘtre versĂ©e mĂȘme si le domicile ou le lieu de travail du salariĂ© est desservi par les transports en commun.

Pour bĂ©nĂ©ficier de cette prime, le salariĂ© doit tout de mĂȘme se trouver dans l’une des situations suivantes :

  • il habite ou travaille dans une agglomĂ©ration de moins de 100 000 habitants ;

  • il a des horaires incompatibles avec les transports en commun ;

  • il peut ĂȘtre amenĂ© Ă  se dĂ©placer Ă  ses frais sur plusieurs lieux de travail.

🚗+ 🚆La prime carburant peut-elle ĂȘtre cumulĂ©e avec le remboursement d’un abonnement de transports en commun ?

En principe, la prime carburant ne peut pas ĂȘtre cumulĂ©e avec la prise en charge obligatoire par l’employeur des abonnements aux transports publics.

Toutefois, un salariĂ© peut dĂ©sormais bĂ©nĂ©ficier de la prime carburant mĂȘme si son employeur prend dĂ©jĂ  en charge une partie de son abonnement de transport, et ce jusqu’au 31 dĂ©cembre 2026.

đŸ—“ïž Quand ces nouvelles rĂšgles vont s’appliquer ?

⚠ Les textes rĂ©glementaires destinĂ©s Ă  modifier formellement le rĂ©gime social de la prime carburant ne sont pas encore publiĂ©s.

⚠ Ces rĂšgles temporaires s’appliqueraient uniquement jusqu’au 31 dĂ©cembre 2026. À compter du 1er janvier 2027, elles ne seront plus applicables.


🛮 Trottinettes Ă©lectriques mises Ă  la disposition des salariĂ©s : les obligations de l'employeur

Sur son site internet, l'INRS fait le point sur les obligations de l'employeur à l'égard des trottinettes électriques. Des salariés peuvent venir au travail avec cet engin motorisé. L'entreprise peut également mettre à la disposition des salariés un parc de trottinettes électriques comme équipements de travail. Dans ce cas, l'entreprise doit :

  • vĂ©rifier que ce mode de transport est appropriĂ© pour les salariĂ©s eu Ă©gard Ă  leur activitĂ© ;

  • procĂ©der Ă  une Ă©valuation prĂ©alable des risques ;

  • consigner cette utilisation dans le DUERP ;

  • dispenser une formation aux salariĂ©s

  • en assurer l'entretien et mettre Ă  la disposition des salariĂ©s l'Ă©quipement nĂ©cessaire.


đŸ›ïž Focus sur les projets de loi de finances et de financement de la sĂ©curitĂ© sociale (PLFFSS) pour 2027

Les projets de loi de finances et de financement de la sĂ©curitĂ© sociale pour l’annĂ©e 2027 ont Ă©tĂ© dĂ©posĂ©s Ă  l’AssemblĂ©e nationale le 1er octobre 2026. Tour d’horizon des principales mesures de ces textes.

Cette annĂ©e encore, les lois de finances et de financement de la sĂ©curitĂ© sociale vont devoir ĂȘtre adoptĂ©es dans un contexte particuliĂšrement dĂ©licat, marquĂ© Ă  la fois par une situation politique complexe, des finances publiques fortement dĂ©gradĂ©es et une poussĂ©e inflationniste sur les carburants. La majoritĂ© des mesures proposĂ©es vise d’ailleurs Ă  faire face aux difficultĂ©s. Les principales mesures des deux projets sont les suivantes.

  • La rĂ©duction gĂ©nĂ©rale dĂ©gressive unique de cotisations patronales (RGDU) tiendrait compte de l’épargne salariale. Plus prĂ©cisĂ©ment, pour les pĂ©riodes d’emploi courant Ă  compter du 1er janvier 2027, les sommes versĂ©es par l’employeur au titre de l’épargne salariale ou du partage de la valeur de l’entreprise seraient prises en compte pour dĂ©terminer si la rĂ©munĂ©ration annuelle versĂ©e au salariĂ© excĂšde ou non le seuil d’éligibilitĂ© Ă  la RGDU, actuellement fixĂ© Ă  3 fois la valeur annuelle du Smic en vigueur au 1er janvier 2026. Ces sommes seraient Ă©galement prises en compte dans la rĂ©munĂ©ration permettant de calculer le coefficient de cette rĂ©duction, mais pas dans l’assiette de celle-ci.

  • Pour les indemnitĂ©s de rupture du contrat de travail ou de cessation forcĂ©e des mandats sociaux, un plafond d’exonĂ©ration sociale et fiscale Ă©gal au plafond annuel de la sĂ©curitĂ© sociale serait instaurĂ©. Le nouveau rĂ©gime social s’appliquerait aux indemnitĂ©s attribuĂ©es au titre de ruptures prenant effet Ă  compter du 1er janvier 2027. Les mesures fiscales devraient, quant Ă  elles, en l’absence de disposition particuliĂšre dans le projet de loi de finances, entrer en vigueur le 31 dĂ©cembre 2026 et s’appliquer dĂšs l’imposition des revenus de 2026.

  • Le plafond d’exonĂ©ration de la « prime carburant » serait portĂ© Ă  1 000 euros pour 2026. C’est ce que prĂ©voit le projet de loi de finances pour l’impĂŽt sur le revenu. CĂŽtĂ© cotisations sociales et CSG-CRDS, un dĂ©cret devrait fixer ce montant.

  • Concernant la prime de partage de la valeur (PPV), le rĂ©gime temporaire d’exonĂ©ration de CSG-CRDS applicable aux entreprises de moins de 50 salariĂ©s serait reconduit en 2027.

  • Le rĂ©gime social de faveur dont bĂ©nĂ©ficie le mĂ©canisme de renonciation Ă  des jours de repos serait pĂ©rennisĂ©.

  • Les dispositions lĂ©gales sur le forfait social seraient réécrites Ă  droit constant.

  • Le malus pour dĂ©faut de nĂ©gociation sur l’emploi des seniors serait supprimĂ©, sans s’ĂȘtre jamais appliquĂ©.

  • La rĂ©duction forfaitaire de cotisations patronales dont bĂ©nĂ©ficient les employeurs de sapeurs-pompiers volontaires serait pĂ©rennisĂ©e.

  • Des mesures de soutien aux employeurs, travailleurs indĂ©pendants et auto-entrepreneurs affectĂ©s par les incendies de l’étĂ© 2026 seraient adoptĂ©es. ConcrĂštement, il s’agirait d’ouvrir des mesures d’allĂ©gement de cotisations sociales au profit des entreprises affectĂ©es par les incendies survenus dans les dĂ©partements de la Gironde, des Landes et du Var au cours des mois de juillet et aoĂ»t 2026. Il est aussi prĂ©vu de sĂ©curiser juridiquement le moratoire dĂ©jĂ  mis en Ɠuvre jusqu’au 30 novembre 2026 pour le recouvrement des cotisations dues par ces entreprises. Le bĂ©nĂ©fice de ces mesures ne serait toutefois pas accordĂ© en cas de condamnation dĂ©finitive pour certaines infractions de travail illĂ©gal au cours des 5 annĂ©es prĂ©cĂ©dant le mois d’aoĂ»t 2026.

  • Les IJSS maladie et AT/MP seraient soumises Ă  la CSG au taux de droit commun de 9,2 % Ă  partir de 2027. En outre, seraient soumises Ă  l’impĂŽt sur le revenu dĂšs 2026, les IJSS AT/MP en intĂ©gralitĂ© et les IJSS pour affection de longue durĂ©e (ALD) pour la moitiĂ© de leur montant.

  • Pour les arrĂȘts de travail de plus de 30 jours, des mesures visant Ă  lutter contre la dĂ©sinsertion professionnelle seraient adoptĂ©es. Notamment, possibilitĂ© pour le mĂ©decin traitant, le mĂ©decin du travail et le mĂ©decin du service de contrĂŽle mĂ©dical de se rĂ©unir pour se concerter sur la situation du salariĂ© et extension de la visite de prĂ©reprise aux AT/MP.

  • Concernant les pensions de retraite, la majoration de 10 % de la pension de retraite de base Ă  partir de 3 enfants serait remplacĂ©e par une majoration forfaitaire. Par ailleurs, il pourrait ne pas y avoir de revalorisation des retraites de base en 2027, sauf pour les retraitĂ©s aux revenus modestes.

  • La participation du titulaire du compte personnel de formation (CPF) pourrait ĂȘtre majorĂ©e dĂšs le 1er octobre 2026.

  • Une allocation de remplacement serait créée pour les agriculteurs parents d’un enfant gravement malade.

  • En matiĂšre de contentieux, le droit de timbre en appel serait pĂ©rennisĂ© mais il ne devrait pas concerner les litiges prud’hommaux ou de sĂ©curitĂ© sociale.

âŒđŸš—âšĄâœ…đŸš™â›œ Recommandations du mĂ©decin du travail et contestation par l’employeur

đŸ‘šđŸ»â€âš•ïž Faits : un mĂ©decin du travail recommandait un vĂ©hicule surĂ©levĂ© du type monospace avec plancher Ă  la hauteur de la portiĂšre et avec boĂźte de vitesse automatique. Il prĂ©cisait que vu le poste de travail, le domicile, en zone rurale et l’état de santĂ© de la salariĂ©e, un vĂ©hicule 100 % Ă©lectrique n’est pas adaptĂ©. En ce sens, il recommandait un vĂ©hicule hybride ou thermique.

đŸ‘šâ€đŸ’Œ L'employeur faisait valoir que rien n'indiquait un Ă©tat de santĂ© qui aurait justifiĂ© une telle prĂ©cision liĂ©e Ă  la motorisation du vĂ©hicule.
L’employeur estime que le mĂ©decin du travail a dĂ©passĂ© les limites de sa mission en formulant une prĂ©conisation sur la motorisation du vĂ©hicule fourni Ă  la salariĂ©e.

đŸ‘©đŸ»â€âš–ïž La cour d'appel avait rejetĂ© la demande de l’employeur au motif que qu’il ne caractĂ©risait pas en quoi les modes de motorisation d'un vĂ©hicule et leur usage quotidien ne sont pas susceptibles d’avoir une incidence sur la santĂ© de la salariĂ©e

⚖ La Cour de cassation n’est pas de cet avis et pose des limites. C'est aux juges de rechercher en quoi l'Ă©tat de santĂ© de la salariĂ©e justifiait l'impossibilitĂ© d'utiliser un vĂ©hicule Ă©lectrique et imposait la mise Ă  disposition d’un vĂ©hicule thermique ou hybride.

đŸȘƒ L'affaire sera donc rejugĂ©e et les juges devront chercher un lien entre l’état de santĂ© et l’impossibilitĂ© de conduire un vĂ©hicule Ă©lectrique.

🚹Conclusion :

👉 Principe : l'employeur doit prendre en compte les propositions Ă©mises par le mĂ©decin du travail

Le seul constat du non-respect par l'employeur des préconisations faites par le médecin du travail de mesures individuelles d'aménagement, d'adaptation ou de transformation du poste de travail engendre inévitablement une atteinte à la sécurité et à la santé du salarié concerné et ouvre droit à réparation

👉 Exception : l'employeur a aussi la possibilitĂ© de saisir le conseil de prud'hommes d'une contestation portant sur les avis, propositions, conclusions Ă©crites ou indications Ă©mis par le mĂ©decin du travail reposant sur des Ă©lĂ©ments de nature mĂ©dicale.

âžĄïž Le CPH peut alors confier toute mesure d'instruction au mĂ©decin inspecteur du travail territorialement compĂ©tent pour l'Ă©clairer sur les questions de fait relevant de sa compĂ©tence

âžĄïž La dĂ©cision du conseil de prud'hommes se substitue aux avis, propositions, conclusions Ă©crites ou indications contestĂ©s.

Référence : Cass. soc. 30 septembre 2026, n° 25-14.328


⚠ DĂ©nigrer des collĂšgues ou la hiĂ©rarchie peut justifier un licenciement disciplinaire

Des propos dĂ©nigrants, injurieux ou haineux visant la hiĂ©rarchie ou d’autres salariĂ©s, qu’ils soient tenus dans une salle de pause ou Ă©changĂ©s sur une messagerie instantanĂ©e mise Ă  disposition par l’employeur, peuvent ĂȘtre retenus Ă  l’appui d’un licenciement pour faute grave dĂšs lors qu’ils ne relĂšvent pas de la vie privĂ©e du salariĂ©.

Références : Cass. soc. 23 septembre 2026 n° 25-14.347 / Cass. soc. 23 septembre 2026 n° 25-14.348


Merci et bonne lecture

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